Passée récemment de l’université à une collectivité, Alexane Riou, directrice de cabinet, revient pour nous sur ce changement, les ajustements nécessaires, les points communs et différences entre les deux secteurs.
Depuis votre prise de poste à Chilly-Mazarin, avez-vous constaté que certaines compétences de directeur de cabinet de l’ESR sont transposables en collectivité ?
Toutes ! Le métier repose sur la coordination politique, la gestion de projets complexes ou l’animation d’équipes. Que ce soit auprès d’un conseil d’administration ou d’un conseil municipal, cela ne change pas réellement le travail. Les différences résident surtout dans la connaissance technique du secteur. Il y a un temps d’ajustement pour intégrer les spécificités du nouveau milieu, mais comme lors de tout changement de secteur.
Quelles grandes différences observez-vous entre les deux secteurs ? Dans l’organisation du cabinet, le rapport aux équipes, aux usagers, etc. ?
La relation à l’usager change beaucoup : les élus locaux sont portés par le suffrage direct, cela influence la gouvernance et l’attention portée aux citoyens, alors qu’à l’université, les usagers finaux, les étudiants, ont finalement assez peu de poids dans l’élection d’un président. L’organisation et la taille du cabinet diffèrent. En collectivité, mon équipe comprend une quinzaine de personnes, avec des services et équipes en rattachement fonctionnel comme la communication, la médiation et la politique de la ville. Un point facilitant : tout le monde est regroupé dans les mêmes locaux, cela simplifie les échanges quotidiens, ce qui était plus compliqué dans mon université où les services étaient éclatés.
Quels sont les principaux défis que vous rencontrez aujourd’hui ?
Les élus en collectivités ne sont pas forcément fonctionnaires, à la différence des membres de gouvernances des universités et de la grande majorité des administrateurs. Cela influe sur leurs attentes et leurs méthodes. Par ailleurs, la stratégie politique n’est pas toujours traduite clairement pour les services et les agents, ce qui génère parfois un manque de compréhension. Concernant la communication interne, il y a encore beaucoup de progrès à faire, notamment pour traduire le projet politique en projet de service. Autant de compétences très développées en université.
Votre parcours en cabinet d’université constitue-t-il un atout pour développer les synergies entre l’ESR et les acteurs du territoire ?
Je fais beaucoup de pédagogie. Il est surprenant de constater à quel point le fonctionnement universitaire est méconnu. Je m’efforce également de valoriser l’ESR sur le territoire, je favorise les collaborations pour des projets de recherche, d’aménagement ou de formation avec les acteurs locaux. Les collectivités méconnaissent souvent les opportunités offertes par l’ESR (incubateurs universitaires, études menées pour les villes, etc.). Il y a un vrai travail d’explication et de mise en relation, qui profite au territoire tout autant qu’aux établissements.